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Navi Radjou

“La sobriété ne peut pas être une finalité, mais un moyen”/ 3 questions à Navi Radjou

Navi Radjou, théoricien de l’innovation frugale et essayiste, a délivré une keynote lors du 2eme RDV de l’année de la communauté « +1, Pour une écologie en actions« , lancé par Veolia, en partenariat avec Usbek & Rica, bluenove et la Recyclerie. Au service de la transformation écologique, ces 50 parties prenantes de Veolia se sont réunies le 27 septembre 2022 autour du thème de l’innovation : comment l’accélérer grâce à une coopération plus ouverte. Navi Radjou y a notamment abordé le thème de la sobriété qui selon lui, “ne peut pas être une finalité mais un moyen pour produire, consommer et vivre mieux”.

1) Que pensez-vous de l’émergence du thème de la sobriété aujourd’hui ?

Le mot sobriété tel qu’on l’emploie actuellement est très réducteur. On se focalise notamment sur la sobriété énergétique. Or, cet été, avec les incendies en France, on parlait de la sobriété en eau, et encore avant, de celle des matières premières (sable, coton etc.). Je ne veux pas que tous les ans, on ait une injonction à devenir sobre par type de ressources. On a l’impression que le problème est unidimensionnel alors qu’il est justement multidimensionnel. La sobriété doit être systémique et s’appliquer à toutes les ressources qui soit se raréfient ou se gaspillent, soit dont on abuse consciemment. Ainsi, l’eau est par nature limitée, non renouvelable, alors qu’il y a ce dont on abuse, comme le numérique, avec l’explosion des réunions sur un outil comme Teams par exemple depuis le confinement.

Le deuxième problème, c’est la distinction entre le je et le nous. Aujourd’hui, on appelle à une sobriété collective, car les actions individuelles ne sont pas suffisantes (non, pisser sous la douche ne suffira pas !). Or, il s’avère que ceux exaltant les vertus de la sobriété collective – notre élite – sont justement ceux qui doivent faire leur part à l’échelle individuelle. J’en veux pour preuve que le patrimoine financier de 63 milliardaires français émet autant de gaz à effet de serre que celui de 50 % de la population nationale, selon une étude d’Oxfam et GreenPeace. Je crois tout de même que chaque citoyen, chaque collaborateur d’une organisation peut agir à son niveau, même s’il faut bien sûr une politique globale.

 

Navi Radjou Veolia

2) Pour construire leur plan de sobriété, les organisations doivent-elles d’abord se mettre d’accord sur une définition commune ? 

Ce qui serait intéressant, ça serait que chaque entreprise demande à ses collaborateurs ce qu’est la sobriété, de leur point de vue. Pour une entreprise présente dans plusieurs pays, il faut également prendre en compte la dimension multiculturelle. Pour rappel, un Indien consomme 1 200 kilowatt-heure/an, un Français, 2 200 kWh, et un Americain, 12 000 kWh/an ! Devenir sobre, cela n’a pas le même impact ni le même ressenti pour tous, et il ne faut pas que ça se fasse au détriment de la dignité de certains. Il serait également intéressant pour une organisation d’interroger ses collaborateurs, voire ses parties prenantes, avec cette question : “Quand vous entendez le mot sobriété, quelle émotion cela provoque-t-il chez vous ?”. Certains répondront « la joie », d’autres mentionneront « la peur » ou « la colère ». Fort de toute cette matière, l’entreprise pourrait ensuite travailler sur son impact et son plan de sobriété.

 

3) N’y a-t-il pas un risque que le plan de sobriété soit juste une autre manière de nommer un plan de réduction des coûts ?

Tout d’abord, ayons bien à l’esprit que sobriété, cela veut dire “moins”, alors que l’être humain est câblé pour le “plus” : nous avons tous un besoin de tendre vers l’infini. La sobriété, ce n’est rien d’autre que des contraintes.

Il y a donc un enjeu à rendre la sobriété désirable. Comment la rend-on désirable ? En la “gamifiant” ! Déjà, on peut remplacer le renoncement que représente la sobriété, par autre chose, une contribution positive, qui aura de la valeur-ajoutée pour la communauté. Par ailleurs, les organisations peuvent “positiver” ces contraintes comme une opportunité d’innover. Autrement dit, les individus et entreprises peuvent apprendre à faire mieux avec moins. La sobriété peut ainsi apporter de la qualité de vie, et on peut montrer les avantages qu’on a à réduire notre énergie, nos déchets… On pourrait même inventer les “Sober award” et créer une rivalité saine dans l’organisation. L’objectif, c’est que les gens se l’approprient, y trouvent un intérêt personnel, et si ça passe par le jeu, tant mieux !

L’entreprise peut ainsi devenir catalyseur de changement et je suis convaincu que demain, une entreprise qui se positionne comme leader de la sobriété sera hautement désirable ! Aujourd’hui, on subit la sobriété, on nous l’impose…soyons volontaristes de la sobriété et utilisons-la comme source de dépassement de soi !

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