La « Voix des Territoires » prend corps à Nantes : l’acte de naissance d’un mouvement industriel stratège

 

 

Le 11 juin dernier, l’événement organisé par le collectif ACCTIFS et l’Institut Terram a marqué un tournant décisif. Au-delà d’une simple restitution de travaux, cette rencontre a scellé le début d’une alliance inédite entre décideurs économiques et politiques. L’ambition ? Transformer les Pays de la Loire en un « territoire stratège » pionnier, capable  de porter au niveau national une vision d’une feuille de route robuste sur les sujets d’industrialisation et de souveraineté, sous contrainte de transition écologique.

 

Ce soir-là, la température extérieure préfigure la canicule à venir, préfigure ce qui va devenir dans les années à venir un marronnier (les canicules de printemps et d’été, au même titre que les inondations d’octobre par exemple). Les symptômes concrets du dérèglement climatique, et ses impacts en matière économique.

Ce soir là, 92 décideurs industriels et territoriaux se sont réunis à Nantes pour une épreuve de vérité. L’objectif de cette soirée n’était pas seulement de débattre, mais de poser les bases d’un chemin conduisant les Pays de Loire, première région industrielle française en volume d’emploi, à devenir un véritable “territoire stratège” en matière d’industrialisation sous contrainte

 

La soirée est introduite par Stéphane Mamou (Directeur régional Pays de la Loire chez Engie – Porte-parole du Collectif ACTTIFS) :

« l’idée de ce soir c’est de confronter notre point de vue avec le point de vue développé par l’étude de l’institut Terram, et de pouvoir produire des idées novatrices susceptibles de peser dans le débat sur les mois qui viennent, qui vont être extrêmement importants pour nos sujets de transition ; mais aussi de produire du contenu qui pourra vous être utile et qui pourra être utile à nous tous pour être des ambassadeurs de ces sujets (faire des Pays de Loire un territoire stratège »

 

La problématique exacte soumise à la sagacité des participants représentantes de 5 parties prenantes distinctes du territoire (Elus, Décideurs économiques, Institutionnels, Etudiants, Société Civile)  est la suivante : « Face aux chocs climatiques et géopolitiques, comment transformer les Pays de la Loire en « territoire stratège » pour bâtir un nouveau modèle industriel alliant enfin souveraineté productive, résilience et emploi ? »

Deux questions sous jacentes structurent la réflexion de la soirée : 

  • Quelles sont les voies de passage pour construire une feuille de route commune territoriale au service de notre industrie ?
  • Comment renforcer la coopération territoriale pour maximiser le bénéfice sur le territoire des choix industriels réalisés ?

 

Sortir des récits confortables : l’apport d’Anaïs Voy-Gillis

 

 Au cœur de cette dynamique, les travaux de la chercheuse Anaïs Voy-Gillis pour l’Institut Terram ont agi comme un électrochoc. L’étude qu’elle dirige :  « Transitions industrielles : du récit national aux territoires stratèges », invite à abandonner les illusions d’une souveraineté totale et illusoire pour embrasser le concept de « territoire stratège ».

Être un territoire stratège, c’est accepter avec lucidité ses dépendances pour mieux les arbitrer.

 

Comme le souligne l’étude, la résilience ne se gagne pas à Bercy, mais par la capacité locale à sécuriser ses fonctions productives essentielles, ses compétences et son foncier face aux chocs géopolitiques et climatiques. En Pays de la Loire, embrasser cette posture de « stratège » devient le chemin pour bâtir un modèle alliant enfin souveraineté productive, résilience et emploi.

 

Une alliance public-privé pour passer du diagnostic à l’action

 

La force de l’événement a résidé dans la construction d’un pont direct entre le « Think » (l’expertise académique) et le « Do » (les preuves concrètes du collectif). Cette rencontre a scellé une alliance de fait entre des géants industriels tels qu’Airbus, les Chantiers de l’Atlantique, Engie ou IDEA, des institutions comme le MEDEF, la CCI et le pôle mer, et les élus locaux.

L’enjeu est de passer d’une simple logique de guichet à une véritable co-construction public-privé. La séquence d’intelligence collective à laquelle ont pu participer la quasi totalité des 95 personnes présentes a permis de dégager trois jalons fondamentaux pour la feuille de route territoriale :

  1. L’ingénierie d’une gouvernance hybride : 21 % des contributions appellent à un leadership partagé entre le public et le privé pour piloter la mutation industrielle.
  2. L’ancrage territorial des chaînes de valeur : 20 % des participants insistent sur le sourcing local et la mutualisation des ressources critiques (énergie, foncier) pour sécuriser l’emploi stable.
  3. La production d’un narratif inclusif : Il est vital de réconcilier l’industrie et la société par un récit positif axé sur le sens du travail pour attirer la jeunesse.

 

Différentes prises de paroles ont souligné et approfondi ces constats.

Alain Leboeuf, (Président du Conseil Départemental de la Vendée), insiste sur le sens :

« Ces projets, si on veut qu’ils soient acceptés dans les territoires, il faut qu’on leur donne du sens. Et le sens ne peut pas être que la transition énergétique et écologique. »


Christophe Clergeau (député européen), quant à lui, insiste sur le caractère essentiel de la mise en écosystème” : 

« La volonté de réindustrialisation existe au niveau européen, mais ce qui n’est pas dans le débat au niveau européen, c’est la mise en réseau des écosystèmes territoriaux de l’industrie alors que c’est pour moi la clé de la compétitivité industrielle. […] La filière des ENR ne s’est pas structurée par l’État, elle s’est structurée par la coopération entre les régions et entre les industriels eux-mêmes, et les filières de demain échelle européenne se font par la coopération entre acteurs. »

Il insiste également sur les dangers de la dépendance : « Si on livre nos filières clés biologiques à des acteurs étrangers sans ancrage en France et en Europe, on se fait plaisir pendant 5 ans, et ensuite c’est la mort. »

 

Le « modèle coopératif » : le chemin des Pays de la Loire

 

Ce chemin vers un projet industriel territorial n’est rendu possible que grâce à l’ADN singulier des Pays de la Loire. Le « modèle coopératif territorial », particulièrement vivace en Loire-Atlantique, repose sur une culture de la confiance et de l’interdépendance. 

Cette culture de la coopération est le moteur indispensable pour transformer les intentions en actes tangibles, comme la méthanisation, la propulsion vélique ou les sous-stations électriques pour l’éolien offshore. L’ambition affichée le 11 juin est claire : inviter tous les décideurs volontaires à rejoindre ce mouvement territorial pour faire de la région un laboratoire de la renaissance industrielle française.

Le mot de la fin revient sans doute à Christophe Clergeau :

« La valeur ajoutée industrielle des Pays de la Loire, ce sont les process de production et la performance industrielle. Nous sommes est une des rares régions à être organisée trans-sectoriellement, et ça a permis de faire coopérer les secteurs, d’innover face aux crises, et de choisir de développer des nouvelles filières.

 

Prochaine étape : L’ensemble de ces réflexions, données chiffrées et témoignages sera synthétisé dans un Livre Blanc, dont la publication est prévue en juillet. Ce document constituera le socle du plaidoyer de la « Voix des Territoires » pour porter cette vision stratégique au cœur du débat national.