Un article de Martin Duval, CEO de bluenove, publié sur Services Mobiles, en 2 parties: partie 1 et partie 2.

A retrouver dans l’Edition 2012 de l’Annuaire de La French Mobile

A l’heure où je finis d’écrire cet article (mardi 4 octobre 2011 à 7h28), le site http://www.programmableweb.com/ indique sur sa homepage qu’il recense à date 4007 APIs et 6175 mashups dans le monde.
Certes, chers développeurs, pas encore la taille de vos ‘Oceans of Apps’ mais ce nouvel écosystème commence tout de même à ressembler à une ‘Jungle of APIs’.

Prenons le temps tout d’abord d’une remise en contexte de cette notion d’Open APIs, ces interfaces de programmation qui permettent d’intégrer plusieurs applications et services entre eux (Mashups).
Les Open APIs mises à disposition par un acteur web ou mobile, visent avant tout à construire autour de sa plateforme une communauté dynamique de développeurs créatifs qui lui permettra d’innover, plus vite et dans bien plus de directions, qu’il le ferait seul avec ses propres équipes de développement. Il s’agit donc bien ici d’une démarche d’Open Innovation dans laquelle cet acteur devra parvenir à créer un lien de confiance durable, basé notamment sur des notions de stabilité, de pérennité, de facilité d’utilisation de sa plateforme et de ses APIs, mais aussi de partage de la valeur avec sa communauté de développeurs partenaires.

Au delà des grandes plateformes issues du web (Google, Facebook, Ebay, Twitter, Amazon, etc.) qui mettent à disposition des développeurs un grand nombre d’APIs, et bien sur des grands OS mobiles (iPhone, Android, Windows Phone 7,…) avec leurs SDKs, plusieurs exemples de démarches similaires existent aussi du côté des opérateurs telecom. Des acteurs comme Orange (avec Orange API) ou Telefonica (avec BlueVia) permettent ainsi l’accès direct à certains services de leur réseau (SMS, click-to-call, géoloc., stockage, billing, etc.) afin de faciliter la création de nouveaux services par la capacité d’innovation des développeurs, des startups et des marques.

Signe d’un besoin de rationalisation, la tentative de l’organisation GSMA de standardiser les APIs du monde des Telecom avec leur initiative ‘One API’. Succès à confirmer pour l’instant.

Le domaine des APIs est en effet très dynamique. Ces deux analyses graphiques de ProgrammableWeb sur les APIs les plus utilisées en Mashups montre certes la dominance des gros acteurs historiques sur une vue historique (see all time) mais aussi l’émergence d’acteurs nouveaux comme Twilio sur une vue plus récente (last 14 days), à la convergence du Cloud et des Telecoms.

Intéressant de voir aussi l’apparition de nouveaux types de services qui viennent en soutien technique pour faciliter la gestion d’infrastructure d’APIs comme la division Application Enablement Services d’Alcatel-Lucent (qui a racheté ProgrammableWeb), Mashery, Apigee ou bien encore Aepona ou 3Scale.

Mais revenons au lien entre les Apps et les APIs.

Les applications ne sont elles finalement pas que des canaux ? Pour assurer leur promotion, on peut raisonnablement parier que les grandes marques créeront à l’avenir elles aussi leurs propres APIs, avec d’ailleurs un retour sur investissement plus évident à démontrer que par celui de statistiques sur le téléchargement ou l’utilisation d’une App.

Les marques pourraient créer des APIs pour accroître la portée de leurs services. Voici quelques exemples pour des marques connues.

  • Nike pourrait créer une API « Just Size It » qui donne la pointure de chaussure parfaite en prenant en photo son pied.
  • Evian pourrait créer une API d’hydratation qui calcule la quantité d’eau que l’utilisateur a besoin de boire par jour et lui rappelle de le faire.
  • Le caviste Nicolas pourrait créer une API qui permet de trouver et laisser des recommandations sur le vin qu’il vend.

 

Comment feraient ces entreprises pour s’assurer de la diffusion de leur API, et donc de la promotion de leur marque ? Ce sont les développeurs qui se chargeront de la rendre accessible sur de multiples interfaces, en trouvant par eux-mêmes les moyens de leur rétribution.

Il serait bien sûr possible de développer des applications dédiées, mais le choix de mettre à disposition une API permet d’augmenter de manière exponentielle la portée de la promotion de la marque.

Beaucoup de responsables marketing actuels sont parfois victimes du syndrome du « gadget» : ils suivent la tendance en glissant le dernier truc à la mode dans leurs plans marketing. Une année c’est ‘la page Facebook’, l’autre année c’est ‘l’application mobile’.

Mais dans une stratégie de marketing et d’innovation pérenne, la meilleure réponse pour une marque pourrait bien ne pas être une application, mais une API.

Autre tendance à prendre en compte dans l’augmentation du nombre d’APIs, l’Open Data. L’ouverture de donnés publiques par les administrations est en marche (EtaLab prépare l’ouverture du portail Data.gouv.fr pour fin 2011) et des villes comme Rennes, Paris, Montpellier proposent déjà des jeux de données dont certains sous forme d’APIs. Ces concepts arrivent aussi dans le monde de l’entreprise comme le montre l’initiative de bluenove d’un Livre Blanc sur « L’Open Data : quels enjeux et opportunités pour l’entreprise ? » soutenu par des partenaires comme SNCF, le groupe LaPoste, SUEZ environnement et Groupe Poult. Là aussi, les administrations, les collectivités locales, les grandes entreprises devront apprendre à intéresser, mobiliser, animer une communauté de développeurs, mais aussi d’entrepreneurs, chercheurs, étudiants, d’autres entreprises partenaires à s’interfacer à leurs données ouvertes pour booster leur capacité à innover.

D’un côté les grandes plateformes continuent inexorablement de s’ouvrir afin que la créativité des développeurs rende certaines fonctionnalités accessibles au plus grand nombre. De l’autre, les développeurs chercheront non seulement inventer de nouvelles application mais devront aussi s’appuyer sur un nombre croissant d’APIs disponibles et des compétences nouvelles pour les identifier, les sélectionner, les intégrer et contribuer à les améliorer voire en solliciter de nouvelles.

De nouveaux types de besoins, de services voire de métiers sont en train de voir le jour pour soutenir ces dynamiques de collaboration et d’innovation entre les acteurs de ces écosystèmes extrêmement dynamiques au sein duquel les développeurs ont un rôle fondamental à jouer.

 

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