ParisData est lancé ! Comme elle l’avait annoncé, la ville de Paris a mis en ligne la semaine dernière un certain nombre de sets de données accessibles à tous.

Mapize et bluenove en ont profité pour mettre en ligne mapize.paris.com, tout premier exemple de réutilisation des données ouvertes par Paris. Il vous permet de visualiser, par arrondissement et par années, le nombre de naissances, décès ou encore de mariages. D’autres réutilisations devraient progressivement se développer, d’autant plus que la variété des sets de données proposés sera grande.

Après en avoir expliqué les grands principes, je vous propose de présenter aujourd’hui, au delà de l’exemple parisien, quelques autres exemples concrets d’initiatives d’ouverture des données, et ce que ces initiatives ont rendu possible.


Données publiques avant tout !


Les exemples concrets d’open data concernent très majoritairement, aujourd’hui, des données « publiques », c’est à dire émises par des acteurs publics : gouvernements, collectivités, institutions, etc.

La loi, notamment en France, encourage cette présence massive des données publiques dans le panorama de l’open data. En effet, la loi du 17 juillet 1978 :

reconnaît à toute personne un droit très large d’obtenir communication des documents détenus par une administration, quels que soient leur forme ou leur support.

Les données publiques ont donc une vocation naturelle à être partagées.


Leur ouverture est d’autant plus facilitée qu’elle peut répondre à des objectifs politiques. Ainsi, au nom de la citoyenneté et de la transparence des actions des gouvernement, de l’amélioration de la gestion du territoire, ou encore de la promotion de l’innovation, de nombreux hommes politiques soutiennent activement et favorisent l’ouverture de données publiques. Barack Obama en est un bon exemple, lui qui a déclaré que :

son administration s’engage, dans sa façon de gouverner, à un niveau d’ouverture plus élevé que jamais auparavant.


Qui émet quel type de données ?


Un certain nombre de gouvernements ont d’ores et déjà lancé leur plate-forme de données ouvertes : data.gov aux Etats-Unis, data.gov.uk en Grande-Bretagne, data.australia.gov en Australie, ou encore cat.open.org.nz en Nouvelle-Zélande. A l’image de Paris, des collectivités ont également lancé leur propre initiative. Rennes ou encore Brest sont les principaux précurseurs en France dans le domaine.

Vous trouverez sur ces différentes plates-formes des sets de données aussi variés que la liste des tremblements de terres dans le monde de magnitude supérieure à 1, l’emplacement de tous les arbres d’alignement dans Paris, les pistes cyclables et arceaux d’attache de vélos à Rennes ou encore l‘intégralité des paiements de plus de 500£ effectués par la collectivité britannique de votre choix (par exemple les dépenses de juillet 2009 dans le district de Epping Forest)…


Que peut on faire avec ?


En Grande-Bretagne, openlylocal.com regroupe de façon structurée une foule d’informations sur un nombre important de communes britanniques : nom du maire et de ses prédécesseurs, nombre d’habitants, évolution de la démographie, religions pratiquées, et même le twitter officiel de la commune (comme par exemple à Bromsgrove) !! On y retrouve également, en particulier, les dépenses de la commune, information obtenue grâce à l’inititative data.gov.uk. Tout citoyen peut accéder à ces informations organisées, actualisées et regroupées au même endroit, et en apprendre beaucoup sur sa commune. Il peut également en profiter pour mener des comparaisons et statistiques instructives entre différentes collectivités.


Le site WhereDoesMyMoneyGo, autre initiative indépendante, utilise également les données ouvertes par le gouvernement britannique pour présenter des visualisations de qualité des dépenses publiques en Grande-Bretagne.


En France, le collectif Regards Citoyens met à disposition sur www.mesdeputes.fr des informations géolocalisées très précises sur les circonscriptions de chaque député (notamment des informations détaillées concernant les bureaux de votes : adresse, historiques des votes, etc.). Cela leur a permis de mener une étude qui a contribué aux débats sur le redécoupage de la carte électorale. Cette étude se fonde sur la réutilisation des résultats des élections législatives 2007 : en réattribuant un par un les bureaux de votes de chaque ville à leurs nouvelles circonscriptions, il est possible de donner une estimation des changements politiques possibles du fait du redécoupage.


En France, des sites comme owni.fr développent le journalisme de données. Ces journalistes d’un nouveau genre savent récupérer des sets de données publiques et les réutilisent au travers de visualisations originales pour aider leurs lecteurs à mieux comprendre certains enjeux, comme par exemple avec cette brillante carte interactive sur le sujet d’une éventuelle partition de la Belgique.


L’ambition et les objectifs de certaines réutilisations de données ouvertes peuvent parfois interpeller : en témoignent les crime maps qui se développent aux Etats-Unis, ces cartes qui vous permettent de visualiser d’un coup d’oeil tous les délits commis dans un endroit donné. Elles sont rendues possibles par l’ouverture, par la police, des données concernant les délits qu’elle constate. La Grande-Bretagne a ouvert il y a quelques jours www.police.uk, site qui permet d’accéder à des données du même genre au Royaume-Uni. Des crime maps britanniques devraient donc rapidement être développées.


Prenons un dernier exemple avec le cas de la distribution d’eau potable dans certains quartiers noirs de Zanesville, dans l’Ohio aux Etats-Unis. Une décision de justice rendue en 2008 a condamné pour discrimination la mairie et la Eastern Muskingum Water Authority, en charge de la distribution d’eau. Il a pu être démontré, en croisant des sets de données variés (connexion au réseau d’eau potable, couleur de peau des occupants de chaque maison), que des familles n’avaient pas été connectées réseau à cause de la couleur de leur peau. Ce cas est un exemple, parmi d’autres, des cas concrets d’open data présentés à la conférence TED en 2010 par Tim Berners-Lee, l’inventeur du web. Avocat passionné de l’ouverture des données, il avait appelé l’année précédente, à cette même conférence TED, au partage des « données brutes, maintenant ».


Ces quelques exemples ne sauraient résumer la variété et le potentiel de l’ouverture des données. Ils en donnent cependant un premier aperçu concret, et nous invitent à nous interroger sur les enjeux de la mise en oeuvre et du sens à donner à l’ouverture des données.

A suivre !

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