Des appareils électroménagers communicants
Le salon IFA 2010, grand-messe de l’électronique grand public et des équipements domestiques, se tient jusqu’au mercredi 8 septembre à Berlin.Parmi les tendances lourdes consacrées par cette cinquantième édition, nous retrouvons notamment l’invasion des écrans 3D et la consécration des tablettes Internet, en réponse à l’iPad d’Apple.
C’est dans un showroom probablement moins médiatique, celui du constructeur électroménager allemand Miele, que nous trouvons les germes d’une autre tendance particulièrement intéressante. Dans le cadre du projet Miele@Home, l’industriel présente deux démonstrateurs de lave-linge et de sèche-linge dotés de capacités de connexion et de communication sur le web grâce à une Gateway dédiée.
Miele y voit la possibilité de donner au client la possibilité de piloter ses équipements à distance, et de les prévenir en cas de panne. Cette connectivité doit aussi permettre aux systèmes électroniques des machines de communiquer avec le service après-vente de Miele. Avec à la clé, mise à jour logicielle à distance, assistance personnalisée et service client amélioré. Cependant, il reste à convaincre le client de la valeur ajoutée de ces offres, et la question du respect de la vie privée reste en suspens.
Ce qui retient notre attention ici est que ces démonstrateurs ont été pensés pour être connectés au réseau d’électricité. En effet, ils sont capables d’optimiser automatiquement leur programmation pour ne fonctionner que lorsque l’électricité est la moins chère.
Quel intérêt de s’interfacer avec le réseau d’électricité ?
Un réseau électrique doit transmettre le courant depuis son lieu de production vers l’ensemble des consommateurs. Le principal enjeu de cette activité est de maintenir à tout instant l’équilibre du réseau. En effet, l’électricité se stockant difficilement, le gestionnaire du réseau doit s’assurer à tout instant de l’équilibre entre l’offre (la production d’électricité) et le demande (la consommation d’électricité). En cas de trop grand écart, des incidents et de coupures peuvent survenir, jusqu’au black-out.
Les tendances actuelles rendent cet équilibre de plus en plus complexe :
- Demande d’électricité en hausse, soutenue par la croissance des activités tertiaires et l’apparition de nouveaux usages électro intensifs comme le véhicule électrique.
- Augmentation importante des niveaux de pics de consommation
- Forte hausse de la production éolienne et photovoltaïque, stimulée par les engagements environnementaux ambitieux. Ce type de production impacte le fonctionnement du réseau car elle est décentralisée en de multiples sites de production (y compris des installations chez les consommateurs) et est très intermittente (dépendance aux conditions climatiques).
Pour répondre à ces enjeux, le réseau électrique (power grid) est en train de devenir plus intelligent, on parle de smart grid. A cette fin, il intègre massivement des technologies informatiques de collecte, transmission et analyse des données.
Objectif : pouvoir connaître en temps réel et de manière très précise les besoins d’ajustement entre l’offre et la demande d’électricité, à tous les niveaux du réseau. Avec un réseau convenablement instrumenté, il devient possible de piloter et dispatcher très finement des flux d’électricité issus de sources très diverses, depuis l’installation photovoltaïque d’un particulier jusqu’à la centrale nucléaire. Songez qu’aujourd’hui les pannes sur le réseau de distribution sont souvent détectées seulement après l’appel d’un consommateur qui s’est retrouvé dans le noir…
Il devient aussi possible de faire de la demande d’électricité une variable d’ajustement en cas de déséquilibre : lors des pics de consommation, plutôt que de lancer une centrale de production de pointe à gaz ou au fuel (coûteuse et beaucoup plus génératrice de CO2 qu’une centrale nucléaire ou qu’un barrage hydroélectrique), un Smart Grid envoie un signal au consommateur final, pour l’inciter à reporter ou annuler une partie de ses usages électriques.
C’est exactement ce que proposent les démonstrateurs de Miele : il vous suffit de lancer le programme smart, et la machine, en interaction avec le réseau, ne fonctionnera qu’aux heures les plus creuses. Ce faisant, vous allez consommer la même quantité d’électricité, mais à un moment où elle coûte moins cher et a généré moins de CO2 pour être produite. Vous êtes devenu un véritable « consom’acteur » de votre consommation d’énergie.
Ce type de fonctionnement existe déjà en France, et de longue date : on le retrouve dans le tarif Heures pleines / Heures creuses, qui permet de faire fonctionner les chauffe-eaux seulement la nuit, pendant les heures creuses. Mais ces démonstrateurs témoignent de l’ambition de systématiser cette logique, en la rendant plus dynamique, plus fine, plus flexible et directement intégrée dans les équipements domestiques.
Ce que veut donc nous démontrer Miele avec ce projet, c’est que ses produits sont à l’épreuve du futur : ils sont « smart grid ready », pensés pour interagir avec le réseau électrique, avant même que cela ne soit le cas. Ils préfigurent une probable nouvelle génération d’appareils électroménagers.
Et maintenant ? Une stratégie d’innovation ouverte est nécessaire pour passer du démonstrateur au produit de série
Les démonstrateurs de Miele n’interagissent pas vraiment avec le réseau : pour l’instant, ils optimisent simplement leur fonctionnement en fonction de signaux préprogrammés.
L’apparition de produits de série réellement aboutis reste confrontée à la nécessité d’une coordination entre l’ensemble des parties prenantes de l’écosystème smart grid. En effet, sans coordination, la fonction « Smart » perd son intérêt : la valeur ajoutée dépasse le périmètre de maîtrise de Miele. Cette valeur ajoutée ne peut être générée que par l’interaction entre les acteurs des réseaux électriques, les constructeurs d’équipements, les fournisseurs de services énergétiques, et les pouvoirs publics qui réglementent le marché (fixation des tarifs, etc.).
Le déploiement de telles solutions passera donc par la capacité des parties prenantes à collaborer sur les enjeux techniques, normatifs et stratégiques. Cette collaboration, qui touche leur processus d’innovation, sera rendue possible par la mise en œuvre d’une véritable stratégie d’innovation ouverte vers leurs partenaires potentiels.
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